Départ

La Ville s'était lentement constellée de taches noires, souvenirs parfois anciens de moments cauchemardés ou de rêves morts accumulés par le temps. A la longue il était devenu impossible de ne pas en voir plusieurs par jour et mon petit appartement lui-même...

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Après ce matin-là

Après ce matin-là, ma vie m'échappa petit-à-petit au long des mois, sans que je m'en rende compte avant qu'il soit trop tard. Elle dériva lentement jusqu'à se retrouver dans des confins imprévus et éloignés de toute prédiction raisonnable. A un moment...

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Rivière

L'eau transperce un paysage tourmenté de montagnes et de gorges, de cascades au soleil et de provisoires tranquillités lacustres entre des rives boisées. Car l'eau jamais ne reste là, et bientôt elle dévale à nouveau en bousculant les cailloux et en creusant...

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Sale printemps

Le printemps dégueulasse viole mon intimité. Je ne veux pas de cette lumière et de ces chants d'oiseaux, ni de ces odeurs et de ces couleurs. Je veux ignorer ces promesses trompeuses et ces espoirs toujours déçus. Je n'ai pas envie d'aller voir les framboisiers...

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Fausse route

La buse qui depuis le noyer surveille les campagnols prend son vol tranquillement pour aller voir ailleurs. Des geais se chamaillent dans le bois de sapins: on les entend beaucoup plus qu'on les voit, contrairement aux corneilles leurs cousines, ces hooligans...

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Fluidités divergentes

Mon lit est un radeau entouré des débris de ma vie morte. Autour, de moins en moins de débris, de plus en plus de vide. En dérivant, ces souvenirs flottants s'éloignent lentement au fil de micro-courants aqueux et aériens. Leur trajectoire les autonomise...

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Nouvelle vie

Je vivais alors une jeune vie, peut-être le début de la troisième: je construisais une fois de plus un campement de toile sur les ruines de mon ancien palais, et vivais une vie urbaine sans plaisir: déjà je traînais des regrets, déjà la Ville avait quelques...

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Début de saison

Depuis quelques années déjà, je travaillais l'été comme professeur de voile. Pas l'engin de plage, planche à voile ou dériveur, mais le vrai bateau dans lequel on dort, et qui sert à voyager. Et que plus c'est grand mieux c'est, non pour des raisons symboliques,...

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Dissuasion

Cet été-là, je traînais parfois avec un gars qui trottinait en rond quand il avait bu, tout en continuant à papoter avec les assis. Ainsi contenait-il sa violence. Ce gars était lourd. Haut, large, épais. Jeune et sans graisse. La tête carrée. A une époque...

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Quand j'étais petit

Je me demandais si les voitures que je voyais par la fenêtre passer devant la maison se croisaient ou alors rebondissaient l'une contre l'autre. Plus tard j'ai compris ce qu'était une voiture. Je me demandais comment savoir si c'était la route qui se...

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L'inconnue

Ces temps étaient un flux quasi-continu de petits groupes de gens de tous âges de tous milieux, parfois homogènes parfois mélangés. Organisme filtrant de ce courant aquatique, je retenais dans mes palpes déployés ceux de tous ces gens qui dépassaient,...

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L'étrangère 3

Dans son exploration du monde à la recherche d'autres mondes et depuis son prévisible bureau, elle planifia une échappée possible, une grande vacance de cette situation, histoire d'arrêter d'y penser. Aller naviguer, prendre cette grande respiration maritime...

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Promesses

Parfois l'hiver le printemps pointe à travers la fraîcheur textile du givre matinal, pour peu que le soleil soit bien mis. Promesse d'une promesse d'une promesse jamais tenue. On en revient toujours à l'hiver, et jamais l'été ne tient les promesses du...

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Histoire autour d'une table

En un temps je traînais souvent autour d'une table avec un ami devant Le Bon, la Brute et le Truand (qui aurait dû s'appeller Tuco, mais bon). D'une histoire l'autre il me conta celle d'un petit gars futé, qui possédait une voiture quand la plupart de...

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Le chat blessé

Mourir encore une fois, perdre une vie de plus, il ne peut s'y résoudre. Il y a des vies auxquelles on tient. Peut-être était-ce sa neuvième. D'abord ne pas mourir, on n'a pas de vies en trop. Une grange. Du foin. Une source de nourriture. Mourir ou guérir....

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L'étrangère 2

Mais était-ce vraiment la première fois ? Il y avait bien eu ce guerrier poète, il y a si longtemps. Mais y penser lui faisait éclater un éclair de douleur et détourner le regard de cette époque orageuse. Là n'était pas la vie qu'elle désirait, le tonnerre...

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Printemps piémontais

Le paysage noir et blanc devient d'abord noir et vert, puis les prunus fleurissent dans les collines, marquant parfois l'emplacement d'un ancien verger. Les pommiers suivent, sauf le local qui sait qu'il vaut mieux attendre encore un mois, un retour d'hiver...

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Fluidités parallèles

La vie coule entre mes doigts comme l'eau dans laquelle ma main traîne, constant témoignage du mouvement, qui ne se prouve pas qu'en marchant. A quoi bon s'arrêter dans le désert infini des vagues ponctué de rares îles si vite explorées? Derrière la vague...

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L'étrangère

Elle mangeait la vie du bout des lèvres mais sans dédain : elle reconnaissait l'intérêt, certes limité, de l'existence. Elle faisait ce qu'il fallait, avait fait des études comme attendu d'elle, sans difficulté et sans gloire, sans autre satisfaction...

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Mousse.

Dans la nuit un rocher silencieux avale l'espace en tournoyant. Son coeur est liquidement chaud et sa surface couverte d'une fine pellicule fluide. Toute fine qu'elle soit, elle est faite d'une mousse : des bulles qui visqueusement s'écoulent le long...

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