Top articles
-
Montagnes de livres
Au jardin les fruits, A l'usine le sucre, Au chauffoir le pain, Au pédagogue le café. (Comptine) Dans les altitudes vivaient ceux qui avaient déterminé que l'utilisation de machines mémorielles nuisaient à leur cognition, et qui échangeaient, fabriquaient...
-
Péchés
Jesus died for somebody's sins but not mine - Patti Smith. Une fille m'a aimé et attendait de moi des signes d'amour que je ne connaissais pas. A force de me désespérer de pouvoir la satisfaire, je l'ai quittée durement. Une autre aussi, avec qui j'étais...
-
Sale printemps
Le printemps dégueulasse viole mon intimité. Je ne veux pas de cette lumière et de ces chants d'oiseaux, ni de ces odeurs et de ces couleurs. Je veux ignorer ces promesses trompeuses et ces espoirs toujours déçus. Je n'ai pas envie d'aller voir les framboisiers...
-
Spirales
Devant moi repose un bol immaculé de forme parfaite en céramique athénienne, grand confort pour qui connaît la rareté de raffinements si loin du Centre. Sensible à l'honneur, je regrette de n'avoir à donner qu'une tête de pipe émaillée (ce qui est solide...
-
Remontée
Les micelles de crème tourbillonnent lentement en dansant avec celles d'essence de café, et des spicules sombres remontent en surface le liquide chaud qui, se refroidissant ainsi, en fait des gouttelettes d'eau condensées en volutes dans la fraîcheur...
-
Le chat blessé
Mourir encore une fois, perdre une vie de plus, il ne peut s'y résoudre. Il y a des vies auxquelles on tient. Peut-être était-ce sa neuvième. D'abord ne pas mourir, on n'a pas de vies en trop. Une grange. Du foin. Une source de nourriture. Mourir ou guérir....
-
L'étrangère
Elle mangeait la vie du bout des lèvres mais sans dédain : elle reconnaissait l'intérêt, certes limité, de l'existence. Elle faisait ce qu'il fallait, avait fait des études comme attendu d'elle, sans difficulté et sans gloire, sans autre satisfaction...
-
Quand j'étais petit
Je me demandais si les voitures que je voyais par la fenêtre passer devant la maison se croisaient ou alors rebondissaient l'une contre l'autre. Plus tard j'ai compris ce qu'était une voiture. Je me demandais comment savoir si c'était la route qui se...
-
Fluidités parallèles
La vie coule entre mes doigts comme l'eau dans laquelle ma main traîne, constant témoignage du mouvement, qui ne se prouve pas qu'en marchant. A quoi bon s'arrêter dans le désert infini des vagues ponctué de rares îles si vite explorées? Derrière la vague...
-
Non-être
Ce qui pense existe. Je sais que je pense donc je sais que j'existe. Ce qui existe interagit avec la réalité. "La réalité est ce que qui continue d'exister quand on cesse d'y croire" (Philip K. Dick). L'existence d'une réalité objective est prouvée (10¹⁰...
-
Catégories
Dans les pages lointaines de certaine encyclopédie chinoise intitulée le Marché céleste des connaissances bénévoles, il est écrit que les animaux se divisent en a) appartenant à l'Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes,...
-
Vie sauvage
Car cette première sanglante dînette matinale fut suivie de bien d'autres, premier pas d'un chemin chaotique qui me fit descendre rapidement dans le fond de la nuit. Mesurer de l'eau avec la seringue, écraser les cachets avec l'eau, faire bouillir, filtrer,...
-
Nuits urbaines
J'ai aimé la Ville la nuit, quand elle faisait de l'obscurité une vague hypothèse, au fur-et-à mesure où je me restreignais géographiquement à son hypercentre, son concentré et son âme, et qui était vierge alors de toute tache obscure. Seuls y survivaient...
-
Ponant
Au bord du monde connu, ils nous prennent pour des Romains orientaux, car ils ne parlent qu'un genre de latin simplifié, et notre accent grec leur sonne aux oreilles comme le cri des marchands, tant sont sombres et graves les bruits naturels par lesquels...
-
Après ce matin-là
Après ce matin-là, ma vie m'échappa petit-à-petit au long des mois, sans que je m'en rende compte avant qu'il soit trop tard. Elle dériva lentement jusqu'à se retrouver dans des confins imprévus et éloignés de toute prédiction raisonnable. A un moment...
-
Rivière
L'eau transperce un paysage tourmenté de montagnes et de gorges, de cascades au soleil et de provisoires tranquillités lacustres entre des rives boisées. Car l'eau jamais ne reste là, et bientôt elle dévale à nouveau en bousculant les cailloux et en creusant...
-
Départ
La Ville s'était lentement constellée de taches noires, souvenirs parfois anciens de moments cauchemardés ou de rêves morts accumulés par le temps. A la longue il était devenu impossible de ne pas en voir plusieurs par jour et mon petit appartement lui-même...
-
Printemps piémontais
Le paysage noir et blanc devient d'abord noir et vert, puis les prunus fleurissent dans les collines, marquant parfois l'emplacement d'un ancien verger. Les pommiers suivent, sauf le local qui sait qu'il vaut mieux attendre encore un mois, un retour d'hiver...
-
Estuaire
"L'emmerdant avec l'aventure, c'est l'attente" (Georges Arnaud) Depuis quelques mois enfin le Portugal : en accompagnant l'été vers le Sud, nous avions constamment chaud depuis aout, et c'était presque décembre. Aucun signe d'équinoxe ne se faisait sentir,...
-
Voyage dans le temps
L'attente est voyage, le voyage est attente. Le temps s'y dilate lentement, une heure ou un jour deviennent une fraction de plus en plus infime de ce vide rempli de pensées qui font peur à ceux qui n'aiment pas leur liberté ou n'y sont pas habitués. L'heure...
-
Fausse route
La buse qui depuis le noyer surveille les campagnols prend son vol tranquillement pour aller voir ailleurs. Des geais se chamaillent dans le bois de sapins: on les entend beaucoup plus qu'on les voit, contrairement aux corneilles leurs cousines, ces hooligans...
-
Ville
La Ville avait enflé comme un bubon, draînant autour d'elle les ressources humaines et naturelles, et en échange structurant le monde selon ses besoins. Les champs et élevages reculaient dans la plaine mais s'intensifiaient au loin. Le périmètre de la...
-
Dissuasion
Cet été-là, je traînais parfois avec un gars qui trottinait en rond quand il avait bu, tout en continuant à papoter avec les assis. Ainsi contenait-il sa violence. Ce gars était lourd. Haut, large, épais. Jeune et sans graisse. La tête carrée. A une époque...
-
Fluidités divergentes
Mon lit est un radeau entouré des débris de ma vie morte. Autour, de moins en moins de débris, de plus en plus de vide. En dérivant, ces souvenirs flottants s'éloignent lentement au fil de micro-courants aqueux et aériens. Leur trajectoire les autonomise...
-
Nouvelle vie
Je vivais alors une jeune vie, peut-être le début de la troisième: je construisais une fois de plus un campement de toile sur les ruines de mon ancien palais, et vivais une vie urbaine sans plaisir: déjà je traînais des regrets, déjà la Ville avait quelques...